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Inga Verbeeck

Comment épouser un millionnaire

Le Nouvel Observateur March 21th, 2013

Plus possible de chercher l’âme soeur sur Meetic. Trop daté ! Après la multiplication des sites de rencontre spécialisés pour grand public, les riches célibataires qui privilégient l’entre-soi reviennent aux agences matrimoniales pour CSP+. Un marché du sur-mesure haut de gamme, avec un droit d’entrée à 5 000 euros

L égèrement maquillée, un blazer sombre sur un fin cachemire en V, son slim noir soulignant une mince silhouette, Laurence, 51 ans, est une blonde ravissante qui ne fait pas son âge. A priori, pas le genre à rester sur le carreau. Businesswoman dans la communication internationale, elle gagne bien sa vie, « plus que mon ex-mari », soulignet-elle. Pourtant, la voilà projetée sur le grand marché des célibataires. « Après 28 ans de mariage et deux enfants, j’ai appris que mon mari avait une liaison avec une fille de 30 ans. » Elle divorce, et dans la foulée, poussée par une amie déjà cliente, s’inscrit dans une agence de rencontres d’un nouveau genre. Rien à voir avec les sites qui pullulent sur la Toile, plutôt du surmesure dans la discrétion : « Je n’allais quand même pas aller dans les bars, comme les putes ! » Pas question non plus de s’exposer sur le web, au risque de tomber sur n’importe qui. Elle se refuse à s’inscrire sur l’un des deux mille sites de rencontres recensés en France, où se retrouve un tiers des 18 million de célibataires.

Chaque semaine, un nouveau site pointe son nez. Selon un sondage récent, 78% des personnes seules recherchent une rencontre sérieuse, mais 62% pensent que les annonces sur les sites du web sont des aventures sans lendemain. « Le web s’est imposé comme le plus grand lupanar ayant jamais existé », avait déjà écrit le sociologue Pascal Lardellier. Le virtuel facilite le sexe sans engagement, mais ceux qui sont à la recherche de l’âme soeur ont parfois bien du mal à trouver leur chemin sur le Net. Pour éviter d’être visible sur ces sites de rencontres, Laurence a choisi la très exclusive agence Berkeley International qui, après Londres, New York, Monaco, Melbourne et Bruxelles, vient d’ouvrir un bureau à Paris.

Berkeley International - Press - France - 20130321 - Le Nouvel Observateur

La direction a été confiée à Inga Verbeeck, une jeune femme d’origine néerlandaise forte d’une longue expérience de consulting et de management d’équipes.
« Je suis, explique-t-elle, une match maker », comprenez « marieuse », terme également utilisé dans la finance et le business, un milieu où les millions brassés n’empêchent pas la misère affective. L’agence, créée il y a dix ans, occupe le segment des célibataires « financièrement indépendants », voire très fortunés.
La discrétion et le professionnalisme de l’agence ont déjà permis de fidéliser quelque trois mille inscrits à travers le monde, dont trois cent cinquante en France pour l’instant.
Pas de site internet, pas de photos qui traînent pour ces proies haut perchées, PDG, avocats, chirurgiens, dont certains ont, pour leurs affaires, pignon sur rue. Qui sont ces gens plus prompts à opérer les fusions qu’à trouver le partenaire d’une vie ? « Un trader de la City, un magnat australien, mais aussi une photographe connue, une actrice “palmée” à Cannes. » Inga ne dévoilera pas de noms. Elle donne un pseudo à chacun de ses clients, qui connaîtront l’identité réelle de l’autre une fois qu’ils auront été mis en relation.
Inga manifeste une véritable empathie pour ses abonnés, elle en fait une affaire personnelle. La jeune femme, qui commence toujours par consacrer environ deux heures de tête-à-tête au nouvel inscrit pour déterminer son profil et ses exigences, se dit très « intuitive » et ne ménage pas sa peine, quitte à proposer parfois des profils qui ne correspondent pas toujours aux requêtes.

Un brin fleur bleue, elle veut croire que l’amour ne se révèle pas uniquement dans l’attirance physique. Laurence a bien voulu rencontrer celui que lui vantait Inga. « Il n’avait pas un physique facile, mais c’était effectivement quelqu’un de génial, je le garderai comme ami. »

L’agence s’évertue à provoquer la rencontre des 60% de femmes et 40% d’hommes inscrits et doit faire face à des exigences parfois très précises, comme cette Anglaise à la recherche d’un homme argentin, chirurgien, de 1,82 mètre, brun aux yeux bleus. Ou ces parents venus pour leur fille de 18 ans, décidés à la voir convoler uniquement avec un étudiant de Harvard.
« Nous nous chargeons de les faire redescendre sur terre », s’amuse Inga.

Pour le reste, rien que de très classique, les hommes recherchent toujours des Italiennes ou des Suédoises, de préférence plus jeunes qu’eux d’au moins dix ans. « Ils disent vouloir un enfant », soupire Inga. Les femmes, elles, lorgnent de plus en plus vers la Grande-Bretagne, « parce que l’Anglais est un gentleman », souvent échaudées par les infidélités successives de leurs compatriotes. Le latin a le sang chaud et les clichés ont la vie dure.

Benjamin, grosse fortune de l’immobilier britannique, deux fois divorcé, quatre enfants, inscrit depuis deux ans, a trouvé grâce à l’agence une femme avec qui il est resté huit mois.
« Je n’ai pas le temps de chercher, l’agence fait le travail pour moi en amont. Je ne voulais pas trouver des femmes, mais une. » Pour trouver la perle, l’agence se dote de moyens dignes des meilleurs chasseurs de tête.
Après avoir demandé au client des documents élémentaires comme la confirmation du divorce et les papiers d’identité, elle fait une étude de solvabilité : salaires, biens immobiliers, actions sont étudiés à la loupe, puis une recherche classique sur les réseaux professionnels du web, et même dans les associations d’anciens des grandes écoles. Puis Inga reconnaît, en cas de doutes, faire appel à « une société partenaire du type Kroll, cabinet américain d’enquêtes financières ». Ce qui parfois n’empêche pas les petites approximations : « L’agence m’avait dit que l’homme que j’ai rencontré hier avait un hélicoptère… il a seulement le permis », s’amuse Laurence.

Bien sûr, tout cela a un coût, et le droit d’entrée s’élève à 5 000 euros, autant pour la cotisation annuelle (qui peut être prolongée de huit mois comme dans le cas de Benjamin). Le tarif peut monter à 25 000 euros pour une recherche sur toute l’Europe, voire 50 000 euros pour un contrat « worldwide ». Un sacré filtre pour Laurence qui « ne veux pas changer de niveau de vie et détesterait entretenir un homme. C’est cher, mais je paie bien un coach pour que mon fils entre dans une grande université, alors s’il s’agit de ma vie affective… ». En ces temps de « mariage pour tous », l’agence reste bizarrement silencieuse en ce qui concerne les rencontres entre homosexuels. Pourtant Inga concède qu’il y a de plus en plus de demandes. Quand on le lui fait remarquer, elle a cette réponse « Je n’ai pas de gay radar.… »

Laurence, elle, n’a pas encore trouvé l’amour, mais s’est déjà fait beaucoup d’amis. Elle se recrée, avec l’agence, un réseau par-delà les frontières, de profils forcément très proches du sien qui, à défaut de lui donner un mari, lui permet d’attendre l’élu en bonne compagnie.
Certains lui ont même prodigué des conseils professionnels. « Il m’a donné des idées pour développer ma boîte. » Et sans doute gagner des millions.

On ne se refait pas.

Christel Brion